Ce que la traduction automatique casse sur un site en 10 langues
Traduire un site avec l'IA casse rarement les phrases. Elle casse ce qui ne se traduit pas : les noms propres, la structure, les pages oubliées et les chiffres. Ces quatre erreurs ne se voient pas en relisant une page au hasard. Elles se voient en comparant chaque langue avec la version source.
Je développe Vidiome, un SaaS qui transforme une vidéo en article de blog. Son interface et son site existent en 10 langues, dont l'allemand, le hindi, le russe et l'ukrainien. Le 25/09/2026, nous avons relu les 430 articles de blog et les pages d'atterrissage, tous traduits automatiquement depuis l'anglais.
Voici ce que la relecture a trouvé, chiffres à l'appui, et les trois tests qui empêchent ces erreurs de revenir. La méthode sert à tout designer qui livre une interface ou un site multilingue.
Erreur 1 : les noms propres traduits comme des mots
Une marque devient un mot du dictionnaire
La traduction automatique traduit les noms de marque qui ressemblent à des mots. Otter.ai est une loutre, Jasper est une pierre, Whisper est un murmure : le modèle traduit le sens, pas le nom. Le nom du produit lui-même n'y échappe pas.
| Nom d'origine | Traduction relevée | Langue | Ce que le mot veut dire |
|---|---|---|---|
| Vidiome | Vidioma | espagnol | rien, une hispanisation |
| Vidiome | Відоме | ukrainien | connu |
| Otter.ai | Nutria.ai | espagnol | loutre |
| Whisper | susurro | espagnol | murmure |
| Perplexity | Perplejidad | espagnol | perplexité |
| Jasper | Яшма | ukrainien | jaspe, la pierre |
| Descript | Опис | ukrainien | description |
Les tableaux comparatifs sont les plus touchés
Les tableaux comparatifs concentrent ces erreurs, parce qu'ils alignent des noms de produits hors de toute phrase. Un tableau espagnol comparait ainsi « Vidioma » et « Nutria.ai ». Le terme « AI Overview » y était devenu « Descripción general de la IA ». Un tableau ukrainien alignait les colonnes « Особливість | Яшма | Відоме », soit « Caractéristique | Jaspe | Connu ».
Un lecteur qui voit « Nutria.ai » ne trouve pas l'outil. Un moteur génératif qui lit la page ne relie pas le mot à l'entité. L'erreur coûte à la fois la confiance du lecteur et la visibilité de la marque dans les réponses des moteurs.
Erreur 2 : des titres collés au texte
La deuxième erreur est structurelle : 85 articles avaient des titres collés au texte qui les précède. Le saut de ligne avant un titre Markdown disparaissait à la traduction. Le titre s'affichait alors comme du texte ordinaire, au milieu d'un paragraphe.
Un exemple allemand, tel qu'il était dans le fichier : « … in einem großen Team### Wählen Sie Rev, wenn: ». Le titre de section n'existe plus pour le lecteur, ni pour la table des matières, ni pour un moteur qui découpe la page par titres. Le même défaut collait des titres à des tableaux, à des listes et à du texte en gras.
Erreur 3 : des pages restées dans la langue source
La troisième erreur est l'oubli : des pages entières et des chaînes isolées restaient en anglais dans les autres langues. Trois pages d'atterrissage consacrées à l'italien, au néerlandais et à l'arabe étaient encore en anglais dans la plupart des langues du site. Le 26/09/2026, 285 chaînes d'interface restées en anglais ou en français ont été traduites.
Ces oublis échappent à la relecture parce qu'une page en anglais ne paraît pas fausse. Elle est juste dans la mauvaise langue. Seul un contrôle systématique, langue par langue, la repère.
Erreur 4 : des promesses fausses recopiées dans chaque langue
La quatrième erreur ne vient pas de la traduction mais de sa vitesse : une phrase fausse en anglais devient fausse dix fois. 126 articles citaient des prix en dollars, à 29 et 59 $. Les formules sont pourtant facturées en euros, à 19, 49 et 99 €. Des pages promettaient aussi des articles rédigés en japonais, alors que Vidiome rédige dans ses 10 langues d'interface seulement.
La traduction multiplie le contenu, donc elle multiplie ses erreurs. Une source fausse corrigée dans une langue reste fausse dans les neuf autres.
Les trois tests qui bloquent ces erreurs
Un test par famille d'erreur
Une erreur trouvée une fois se transforme en test automatique. Il vérifie toutes les langues d'un coup, et se relance sur le prochain lot de traductions. C'est le principe d'une grille d'acceptation figée : le critère est écrit avant de regarder le contenu suivant.
- Le nom de marque → une liste des fautes déjà rencontrées, cherchée dans toutes les langues et tous les articles.
- La structure → cinq motifs de titre cassé : collé au texte, à un tableau, à une liste, à du gras, ou titre principal sans espace.
- Les prix → les prix cités dans les pages de référencement sont comparés, dans chaque langue, aux prix réels de la grille tarifaire.
Un quatrième contrôle, ajouté le 26/09/2026, repère les chaînes restées dans la langue source.
Le piège du mot qui existe vraiment
Un test de nom de marque doit éviter les faux positifs. La forme ukrainienne « Відоме » était une faute connue sur le nom de Vidiome. Mais « відоме » en minuscules est un vrai mot ukrainien, qui veut dire « connu ». Le test cherche donc cette forme en respectant la casse. Sans cette précision, il refuserait des phrases correctes.
Ce qu'un designer doit vérifier dans une interface traduite
La longueur du texte change d'une langue à l'autre
Une interface traduite doit être testée avec sa langue la plus longue, pas avec la langue de conception. Sur la page d'accueil de vidiome.com, la même accroche tient sur 3 lignes en espagnol et sur 4 en allemand, à largeur égale.

Un bouton, un onglet ou une carte calibrés sur l'anglais débordent en allemand. Le hindi demande aussi plus de hauteur de ligne pour ses signes au-dessus du texte. Une maquette qui ne montre qu'une langue cache ces deux cas.
La langue déclarée doit suivre la langue affichée
L'attribut lang de la page doit correspondre à la langue de l'URL. Jusqu'en mai 2026, les pages de Vidiome déclaraient l'anglais par défaut, quelle que soit la langue affichée. Un lecteur d'écran pouvait alors lire du russe avec une voix anglaise, et la langue déclarée contredisait les annotations de langue destinées aux moteurs. La langue de la page est aussi un critère d'accessibilité des normes que nous comparons dans RGAA, EAA et WCAG.
Une liste de noms à ne jamais traduire
La parade la plus simple est un glossaire de noms protégés, donné au traducteur, humain ou machine, avant la traduction. Marques, noms de produits, termes d'interface figés : une seule source, comme des design tokens pour les mots. Les tests rattrapent ensuite ce que le glossaire a manqué.
Traduire avec l'IA, relire avec des règles
La traduction automatique d'un site en 10 langues est rapide et globalement juste. Ses erreurs sont peu nombreuses mais systématiques : noms propres, structure, oublis et chiffres. Elles se répètent dans chaque langue, ce qui les rend faciles à détecter une fois la règle écrite.
Les corrections ont été faites les 25 et 26/09/2026. Les tests qu'elles ont produits restent dans le projet : le prochain lot de traductions sera jugé par les mêmes règles. Pour un designer, la leçon tient en trois réflexes. Protéger les noms avant de traduire, comparer la structure avec la source, maquetter avec la langue la plus longue.




