Introduction : trois vidéos, une même bascule du métier
Le vibe coding désigne une pratique simple à décrire, mais lourde de conséquences. Il consiste à générer une application ou une interface en discutant avec une IA, plutôt qu'en écrivant chaque ligne de code soi-même. Nous avons croisé trois vidéos qui abordent ce phénomène sous des angles très différents, sans céder au sensationnalisme d'un remplacement des designers.
La première vient du créateur d'un outil de codage IA, qui décrit une réorganisation des rôles en interne. La deuxième suit un designer de logos confronté directement à une IA sur son propre terrain créatif. La troisième documente, pas à pas, le workflow d'un designer qui a reconstruit tout son processus autour de l'IA, de Figma jusqu'à la mise en ligne. Trois lectures, un seul phénomène.
Le regard du créateur d'outil : la fin des silos entre métiers
Dans cette interview, le créateur de l'outil de codage IA décrit une transformation radicale des équipes produit. Les barrières entre design, produit et développement s'effacent à mesure que coder devient accessible à tous. Au sein de l'équipe qu'il appelle Quad Code, chefs de produit et responsables techniques écrivent eux-mêmes du code.
La valeur ne vient plus de la ligne écrite, mais de la vision globale du produit.
Cinq rôles plutôt que des métiers figés
Plutôt que de cloisonner par spécialité technique, l'organisation qu'il décrit se structure autour du cycle de vie du produit. Coder n'est plus un différenciateur : c'est un prérequis partagé. Cinq profils se dégagent :
- Prototypers → transforment une idée brute en première itération concrète, vite, sans viser la pérennité
- Builders → prennent le relais une fois l'idée validée, pour livrer un produit prêt pour le marché
- Maintainers → stabilisent un système devenu critique sous une utilisation intensive
- Growers → multiplient la portée d'une solution qui a déjà trouvé son marché
- Perfectors → polissent les derniers détails pour une expérience sans couture
Le designer qui n'attend plus le développeur
Le point le plus concret reste le plus parlant : une designer peut désormais ajuster elle-même la position d'un bouton, sans passer par une messagerie instantanée ni un ticket. Cette suppression de la friction intermédiaire ne supprime pas le rôle du développeur.
Elle le redéfinit autour de la capacité à naviguer dans l'ensemble d'un projet, plutôt qu'à en garder seul la clé technique.
Ce que vit un designer aujourd'hui : logos et jugement humain
Le monde du design a été secoué par l'annonce d'un logo designer reconnu : il a déclaré poser les armes face à l'IA. En cause, un outil nommé Fable 5, capable de générer des concepts de logo en quelques secondes. Plutôt que de prendre cette capitulation pour argent comptant, un autre créateur a testé lui-même l'outil sur trois briefs réels.
Meridian et Hartwell : le fossé entre l'idée et l'exécution
Pour Meridian, une société de conseil, l'IA propose une idée sémantiquement forte : une ligne verticale qui traverse le « I », évoquant le méridien. Mais l'exécution technique échoue — le nom devient illisible, se lisant « Myrr » et « Deianne » au lieu de Meridian.
Une deuxième piste retombe sur un cliché éculé, une aiguille de boussole, révélant la tendance de l'IA à choisir le chemin de moindre résistance créative plutôt qu'une idée originale.
Pour Hartwell, un atelier de mobilier en bois, le résultat est plus contrasté. L'IA intègre une clé papillon dans la barre transversale du « H » — un clin d'œil pertinent au métier du client, sans doute la meilleure proposition testée. Mais le crénage des autres lettres reste déséquilibré, une erreur qu'un designer junior saurait éviter.
Crux : ce que l'IA ne comprend pas encore
Pour Crux, une marque d'escalade, l'IA échoue à saisir les contraintes réelles d'un système de logo. Une fine ligne blanche censée symboliser une charnière disparaît totalement une fois le logo réduit sur une étiquette. Une autre proposition, un simple « pic et vallée », ressemble à un logo de station-service générique.

Le designer doit alors reprendre la main : ajuster les courbes, renforcer l'épaisseur des traits, injecter la personnalité qui manquait. Le verdict est nuancé.
Fable 5 se comporte comme un designer de niveau intermédiaire au mieux. Capable d'itérer vite, mais incapable seul de distinguer une bonne idée d'un cliché — ou de penser un système complet plutôt qu'une image isolée.
Ce que change concrètement le workflow : le cas d'un designer qui a tout reconstruit
Autre image, radicalement différente : celle d'un designer qui a reconstruit tout son processus autour de l'IA. Il livre une vraie application déployée — une version interactive jouable du jeu The Mole, conçue pour une soirée entre amis. La stack : Figma, Claude, GitHub, Vercel et Supabase.
Figma reste le point de départ, pas l'IA
Avant la moindre ligne de code, il continue de passer par Figma pour penser le flux utilisateur, la hiérarchie et les interactions. Dix minutes de réflexion en design permettent d'économiser des milliers de tokens de génération plus tard.
Il garde la main sur la direction artistique — ici une esthétique d'espionnage, moniteurs CRT et lignes de scan vertes — plutôt que de laisser l'IA inventer l'âme du produit. C'est la même logique que nous observions dans le passage de la maquette au produit avec Figma Make.

Claude comme partenaire technique, pas magicien
Une fois la direction visuelle fixée, Claude devient le développeur. Nourri du contexte des fichiers Figma via des connecteurs, l'outil pose des questions que le designer n'avait pas anticipées : comment calculer les scores ? quel format de question utiliser ?
Cette collaboration force à clarifier la logique métier avant même d'écrire la base de données. C'est une dynamique proche de ce que nous décrivions à propos de Claude et la révolution du prototypage.

Du prototype au produit déployé
GitHub documente chaque changement ; chaque validation de code déclenche un déploiement automatique sur Vercel, avec une URL réelle testable en quelques secondes. Cette boucle rapide change tout : on voit immédiatement si un bouton est trop petit ou un texte illisible, en conditions réelles.
Supabase gère de son côté le modèle de données — joueurs, quiz, réponses. Un éditeur SQL sert de filet de sécurité quand la connexion automatique entre l'IA et la base de données bloque.
La compétence clé n'est plus d'éviter les problèmes techniques, mais d'apprendre à les résoudre plus vite. Une erreur qui aurait bloqué trois heures se corrige désormais en quelques minutes, grâce à une IA traitée comme un collaborateur qu'on questionne, pas comme un bouton magique.
Trois angles, une même mutation du métier
Ces trois lectures se complètent plus qu'elles ne se répètent. Le créateur de l'outil décrit une réorganisation des rôles autour du cycle de vie produit, plutôt qu'autour de la spécialité technique.
Le designer de logos montre les limites concrètes de l'IA : lisibilité, originalité, contraintes d'échelle. Le designer-bâtisseur documente, lui, ce à quoi ressemble un workflow reconstruit au quotidien. Figma reste en amont, l'IA agit comme exécutante, et la boucle de déploiement se compresse de plusieurs semaines à quelques heures.
Ce que ces trois lectures ont en commun : le design ne disparaît pas, il se déplace vers l'intention et la direction artistique. C'est une tendance de fond que nous observions déjà dans le retour des profils hybrides et techniques sur le marché du design.
Ce qui ne change pas : le goût et le jugement
Aucune des trois sources ne conclut à la disparition du designer. Même le créateur de l'outil de codage décrit une réorganisation des rôles, pas leur suppression.
Le logo designer qui capitule semble d'ailleurs céder davantage à la lassitude personnelle qu'à une réalité technologique absolue, comme le souligne l'analyse de ses propres essais.
Le goût, le jugement critique et la maîtrise des contraintes réelles d'un support restent le filtre que l'IA ne sait pas encore reproduire seule. C'est précisément ce filtre qui distingue un résultat exploitable d'un résultat qui semble bon sur un écran 27 pouces et s'effondre une fois imprimé en petit.
Comment adapter son workflow dès maintenant
Trois réflexes se dégagent de ces trois lectures, applicables à n'importe quel projet, jeu d'amis ou produit client :
- garder un outil de design comme étape de réflexion avant tout prompt, pour fixer l'intention plutôt que de la déléguer
- traiter chaque sortie de l'IA comme un premier jet à corriger, jamais comme un livrable final
- apprendre à questionner l'IA comme un développeur junior : donner le contexte, vérifier chaque réponse, garder la main sur les décisions structurantes
Pour aller plus loin sur les compétences précises à prioriser, notre article sur les compétences IA du designer en 2026 détaille la suite logique de ce constat.
Conclusion : un métier qui change de centre de gravité
Le vibe coding ne supprime pas le design : il déplace son centre de gravité. Moins de temps passé à produire soi-même chaque pixel ou chaque ligne, plus de temps passé à décider ce qui mérite d'exister à l'écran.
La question n'est plus de savoir si l'IA va remplacer les designers, mais quels designers sauront diriger l'IA plutôt que la subir.
Liens pratiques
Cet article de synthèse est basé sur les vidéos :
- Odd Lots: Claude Code Creator On The Era of Vibe Coding (Bloomberg)
- Top logo designer quits because 'AI is better than me' (DesignCourse)
- I Built a Real App With AI (Figma → Claude → GitHub → Vercel → Supabase) (Jesse Showalter)
Articles générés via Vidiome, puis fusionnés et enrichis.




